Témoignage mission humanitaire : De l’immobilisme à l’optimisme

Par Marion Ramos le 09-10-2017
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J’avais pleins de projets mais trop peur d’échouer pour faire le premier pas, l’engagement et la prise de responsabilités m’effrayaient. Pourtant, il suffisait de se lancer…

Maroc


Il y a un an, je reprenais des études après trois années d’errance intellectuelle. J’arrivais dans une nouvelle école pour y suivre une formation en « Conduite de projets humanitaires », formation qui n’avait par ailleurs aucun lien avec mes précédentes études en Histoire. Au-delà des cours que nous suivions, toute la classe avait pour objectif d’organiser, par groupes de huit, des missions humanitaires à l’étranger et de partir les réaliser en fin d’année. J’étais ravie de pouvoir participer à un de ces projets, d’autant plus que son aspect collectif me rassurait, je n’avais pas plus de responsabilités que n’importe quel autre étudiant. Mon groupe et moi-même avons trouvé un partenaire au mois de Janvier, dont l’association œuvrait pour le développement d’une région défavorisée près de Safi au Maroc. Cette association, l’ADDL (Association pour le Développement du Douar Lounansa), nous proposait de mettre en place un projet visant la création d’un écosystème vertueux dans la région en question. Autrement dit, la mission allait consister à préparer des terrains (assainissement et clôtures) pour planter des oliviers et ainsi générer un revenu supplémentaire pour des familles marocaines en situation de grande pauvreté.

Notre départ pour le Maroc était prévu pour le 3 juin. Un mois et demi avant le départ, nous nous sommes répartis les rôles que nous aurions une fois sur le terrain.  Mon groupe m’a alors élue responsable de la mission. Je n’étais vraiment pas à l’aise avec ce poste. Je devais être garant de l’aboutissement du projet, de l’organisation du voyage et de la bonne entente de l’équipe. De plus, je ne voulais pas endosser le rôle du « chef ». Cependant, l’année écoulée m’avait permis de reprendre confiance en moi et mes formateurs m’ont incitée à accepter ce rôle qui était, selon eux, l’occasion de développer mon propre style de management. J’ai donc accepté cette responsabilité avec un peu d’appréhension mais une véritable envie de relever le défi. Au cours de la formation, nous avions eu de nombreux cours de management, j’avais découvert ce qu’est le management horizontal et j’avais beaucoup appris sur les différents modèles de gouvernance partagée. En nous appuyant sur ces nouvelles connaissances et après nous être chacun exprimés sur nos craintes et nos attentes, nous avons rédigés une charte que nous nous engagions tous à respecter une fois sur le terrain. Celle-ci comprenait notamment un point sur la prise de décision. Nous avons convenu que les décisions seraient prises à la majorité. A partir de là, je me suis sentie bien plus à l’aise en tant que responsable de mission, il était clair pour tous les membres du groupe et pour moi-même que mon rôle était de coordonner toutes les activités, de veiller à la bonne dynamique et à la bonne entente du groupe. J’étais responsable mais pas chef et cela me convenait parfaitement.

Après des préparatifs qui me parurent interminables et relativement anxiogènes (billets d’avion, visas et toute la logistique), nous sommes enfin partis de Nantes, le 3 juin, après une très courte nuit à l’aéroport. Nous sommes arrivés sur place au terme d’une longue journée de voyage et avons été accueillis très chaleureusement par notre partenaire. Première surprise pour une part d’entre nous : cette région était si proche de la France géographiquement et si éloignée en termes de confort… Pas de routes, pas de voiture, pas d’eau courante. Nous logions dans une petite maison que notre partenaire venait de faire construire juste à côté de là où vit encore la famille de sa femme. Ils travaillent tous deux en France mais passent plusieurs mois au Maroc chaque année. Lui est français et amoureux du Maroc, sa femme est marocaine et la seule de sa famille à avoir fait des études et à être venue en France. Nous allions donc vivre avec eux durant 3 semaines et avec leurs deux plus jeunes enfants de 19 et 20 ans. Après seulement quelques jours, nous nous sentions comme chez nous, on avait le sentiment d’être en famille, c’était merveilleux. Ces vingt-et-un jours de mission ont été intenses, tant physiquement qu’émotionnellement. Nous avons rencontré, au-delà d’Oméro (notre partenaire) et de sa famille, des gens inoubliables, d’une grande générosité et qui nous ont acceptés avec beaucoup de bienveillance.

humanitaire+maroc


La première semaine, nous l’avons passée à ramasser des pierres dans des champs sous 45 degrés, autant dire que très vite nous étions épuisés. Nous n’étions pas toujours satisfaits de l’avancée du chantier et nos points de vue divergeaient souvent.  Aussi, il y a parfois eu des tensions, des incompréhensions et des egos qui prenaient de la place mais qu’il ne fallait pas froisser. Cependant, j’étais persuadée que le meilleur moyen de maintenir notre fraternité était la communication. Nous organisions donc régulièrement des réunions afin que chacun s’exprime sur ses ressentis, ses attentes ou ses déceptions. Accueillis dans une famille où la communication non violente est la norme, nous avons su nous écouter et continuer à avancer tous ensemble. Au terme des trois semaines, nous avions accompli notre mission et nous avons même pu commencer à planter les oliviers, ce qui a vraiment marqué pour nous l’aboutissement du projet. Nous avons quitté notre famille d’accueil et les habitants de la région avec des larmes plein les yeux et de l’amour plein le cœur. Trois semaines c’est court, et pourtant nous avions tant appris et tant grandi en si peu de temps. Nous sommes repartis bien plus soudés que nous l’étions en arrivant. Je sais que cette confiance et cette bienveillance qu’il y a eu entre nous ont été un véritable appui pour moi, et j’ai pu exercer mon rôle de responsable sans jamais avoir l’impression de ne pas être à ma place. Je me suis véritablement épanouie au cours de cette expérience, je suis encore aujourd’hui très fière de ce que nous avons accompli et je dois dire que je suis fière aussi d’avoir relevé mon défi. La confiance acquise grâce à cette expérience me permet aujourd’hui de ne plus être dans une situation où la peur m’empêche de réaliser mes rêves, aujourd’hui je suis dans l’action et je vais de l’avant, finie l’errance intellectuelle !

Si je vous raconte tout cela, c’est pour vous dire que l’on n’apprend pas en restant dans sa zone de confort. C’est vrai, c’est effrayant de se lancer, de risquer l’échec, mais c’est en se trompant que l’on apprend, alors allez-y, faites le premier pas, vous verrez que les autres suivent. L’Abbé Pierre disait : « Il ne faut pas attendre d’être parfait pour commencer quelque chose de bien », j’ajouterais que c’est justement en commençant quelque chose de bien que l’on se perfectionne.



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