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Travailler au Québec

Par Nicolas Méra le 09-01-2018
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S'expatrier chez nos cousins francophones est de plus en plus populaire de nos jours. Zoom sur la vie d'entreprise au Québec et la culture locale.

Si vous vous demandez quelle distance sépare la France du Québec, la réponse est : plus de 5000 kilomètres. Cependant, un tel trajet n'a pas refroidi de nombreux Français, qui se lancent dans l'aventure canadienne chaque année en plus grand nombre. En 2012, ils étaient 4000 dans les starting blocks, pour un total de près de 150 000 expatriés sur place. Comment expliquer l'engouement que suscite la province francophone ? Le climat, le bon air ? Une brève recherche sur Internet vous confirmera que les températures hivernales ressenties avoisinent les -30° C au Québec... La réponse serait donc à aller chercher ailleurs.

Nous avons mentionné la distance géographique qui sépare le Québec de notre mère patrie, mais avons tendance à sous-estimer l'écart culturel. Pourtant, il s'agit d'une province canadienne qui a prospéré à l'écart de l'influence française depuis 1867. Nos cousins d'outre-Atlantique sont-ils radicalement différents de nous pour autant ?

Montréal Québec


(À ce stade, je me dois de vous informer, chers lecteurs, que cet article est le fruit de cinq mois d'expérience professionnelle au Québec, et que je partage ici le point de vue d'un ex-expatrié.)

Commençons par le plus évident : la langue. Les Québécois parlent français, comme nous. Non seulement ils parlent notre langage, mais ils célèbrent également la francophonie, qui fait partie intégrante de leur identité. C'est la raison pour laquelle, en 1977, la Loi 101 promulgue le français langue officielle du Québec, alors que l'anglais domine le reste des provinces canadiennes. Ramenée à l'échelle des entreprises, la loi oblige leur "francisation" et l'emploi du français dans la vie des affaires de tous les jours. Cela a donné lieu à une anecdote intéressante à mon poste de travail, où une collègue fut réprimandée par le DRH en personne pour avoir marqué au tableau une citation de motivation en anglais. C'est dire à quel point le patrimoine francophone est cher aux Québécois, car il est l'héritage de leur histoire alternée entre colonie française et britannique.

On peut constater également que le français est glorifié via les traductions insolites de titres de films anglophones – juste pour le plaisir, Big Fish de Tim Burton est devenu La Légende du Gros Poisson dans les salles québécoises. Pour autant, de nombreux anglicismes se sont glissés dans le langage courant, généralement issus d'une traduction littérale de l'anglais vers le français. Ainsi pullulent les "bon matin !" (good morning), "à l'année longue" (all year long) ou encore "fin de semaine" (weekend).

Concernant l'accent, d'après mon expérience, il n'est aucunement difficile d'échanger avec un Québécois en français, bien que de petites expressions qui nous sont inconnues puissent ponctuer le dialogue. Si l'on vous y encourage par exemple à "ne pas lâcher la patate", inutile de chercher autour de vous un tubercule : cela signifie "garde espoir, ne perds pas confiance" ! Dans ce genre de situations, il vous suffira de faire répéter votre interlocuteur pour en prendre connaissance. Dans le même registre, si on a du temps devant nous, le français dira "on est large" ce à quoi le québécois rétorquera "oui, on a du temps en masse". Vous l’aurez compris, le dialogue interculturel sera l’occasion de saisir des subtilités amusantes lors de votre séjour au Québec !

Travailler au Québec


On ne peut enfin pas décemment clore un chapitre sur le langage québécois sans évoquer une véritable convention professionnelle : le tutoiement. Si vous avez fait vos classes en France, il est très probable que le vouvoiement soit devenue une seconde nature lorsque vous vous adressez à un adulte responsable, voire même à une autre personne de votre âge (je sais, lorsque les titres "Monsieur" ou "Madame" nous sont décernés pour la première fois, ça met un coup au moral). Cependant, tutoyer ses collègues et ses supérieurs ne fait pas se lever les sourcils outre-Atlantique, même lorsqu'il s'agit de la première rencontre avec lesdites personnes !

Sans doute un dommage collatéral de la cohabitation avec l'anglais, dont le "you" s'adresse à tous les publics, le québécois d'entreprise mettra l'accent sur le tutoiement dès les premiers instants. En cas de doute, adressez-vous à vos supérieurs en les vouvoyant – avec les Français, ils ont l'habitude – mais il est très probable qu'ils vous incitent très rapidement à employer le familier "tu" !

Tu l'auras compris, le langage québécois est un point d'ancrage culturel qui diffère en plusieurs points du français "classique". Mais ce n'est pas la seule spécificité de la province. En effet, une part importante de l'histoire canadienne est à chercher dans l'héritage amérindien : d'ailleurs, onze nations autochtones vivent dans la province du Québec de nos jours, représentant près de 100 000 personnes en 2012. Un de mes interlocuteurs professionnels sur place m'a informé que la culture amérindienne avait ainsi pétri la vie d'entreprise au Québec. C'est ainsi que les comités d'entreprise, qui tiennent une bonne place dans les agendas d'affaires québécois, sont issus des coutumes amérindiennes de rassemblement et de consensus – fait isolé par rapport au reste des provinces canadiennes. (Pour ce qui est du calumet de la paix et de la hache de guerre, soyez bien conscients que leur usage est moins courant dans les réunions professionnelles.)

Néanmoins, malgré l'afflux de touristes avides de plumes, de danses autour du feu et de totems sacrés, inutile d'entreprendre un périple culturel lors de votre passage au Québec. Les Amérindiens ne constituent plus des peuples en mocassins communiquant par des signaux de fumée ; victimes collatérales d'une assimilation culturelle et du partage forcé de leur territoire, ils survivent malgré les ravages de l'alcoolisme et du suicide qui déciment leurs communautés. Préférez donc un musée pour vous renseigner sur les Premières Nations, ou contemplez-en l'héritage en vous essayant aux raquettes à neige ou en assistant à un "pow-wow" pour en sauvegarder la mémoire.

Retour à la vie d'entreprise au Québec : les expatriés français y feront la découverte d'une législation différente, qui prône généralement la semaine de travail de 40 heures et des règles nouvelles en matière de congés payés, de pourboires (pour les employés de l'hôtellerie-restauration) et de salaires. Par exemple, les enfants peuvent travailler dès l'âge de 14 ans (sous certaines conditions) et le salaire minimum est situé à 11,25$ (7,50€) de l'heure. Pour prendre les dispositions adéquates, la meilleure option est encore de vous renseigner auprès de votre futur employeur sur les conditions de travail applicables dans son entreprise, dont les règles peuvent varier en fonction du domaine d’activité.

Legislation


Malgré un droit du travail d’aspect plus rigide (ou moins socialiste) que le droit français, les expatriés au Québec bénéficient d'une nouvelle différence culturelle outre-Atlantique : une souplesse hiérarchique indéniable. Bien entendu, cela ne recoupe que mon expérience et celle de certains autres expatriés, mais j'ai noté que la direction se montrait davantage à l'écoute et moins distante avec ses employés que lors de mes expériences professionnelles effectuées dans l'Hexagone. Sans doute que le tutoiement traditionnel au Québec n'est pas étranger à cette proximité hiérarchique, tandis que les règles régissant les relations employé-employeur en France se caractérisent par une grande formalité.

Qui dit souplesse dit également polyvalence : le diplôme n'y est pas autant reconnu comme facteur d'entrée à l'emploi, et ce sont davantage les compétences qui comptent. Pour ma part, si on m'avait recruté pour des fonctions RH à mon arrivée au Québec, mon employeur m'a proposé de travailler au service commercial puis à l'accueil client et ce, un mois seulement après ma prise de poste ! C'est dire le potentiel des trajectoires d'évolution de carrière dans un système d'emploi bien moins normalisé et donc, moins paralysé qu’en France.

Vous en conviendrez donc : nos cousins québécois sont plutôt des cousins éloignés, et pas seulement de 5000 kilomètres. Leur culture et leur langue ont été pétries d'une histoire spécifique dont l'héritage se retrouve dans la vie d'entreprise de tous les jours. Ce fut pour moi l'occasion de découvertes et de rencontres passionnantes, alors je ne peux que vous inciter à rejoindre la vague croissante d'expatriés français au Québec pour en apprendre davantage sur leurs pratiques et leurs coutumes !

nicolas mera


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